Entretien avec Sigrid Pavèse, membre du comité scientifique

   Sigrid Pavèse est retraitée de l’Éducation nationale et historienne de Fontaine-lès-Dijon. Présidente des Amis du Vieux Fontaine, une association dédiée à la protection et la mise en valeur du patrimoine fontainois, elle participe activement au travail scientifique accompagnant notre projet.

Rôle au sein du comité scientifique et enjeux

   Retraitée de l’Éducation nationale, j’ai une formation d’historienne et suis présidente des Amis du Vieux Fontaine, une association de protection du patrimoine fontainois, dont fait partie la Maison natale.

   Avec l’aide d’un médiéviste, Hervé Mouillebouche, et d’un moderniste, Bertrand Marceau, j’accompagne le projet de renouveau de la Maison natale en apportant les sources historiques permettant l’inscription du projet dans la continuité d’esprit des promoteurs des restaurations passées.

   À mon sens, l’un des principaux enjeux de ce projet réside dans le fait de concilier les nouveaux aménagements envisagés avec l’histoire du bâtiment et du site. Actuellement le sanctuaire fait vivre religieusement saint Bernard autour de sa chambre natale : tout est déjà en place. Demeure l’intérieur du reste du château, avec ses communs, où se concentre l’essentiel des aménagements à venir, lesquels visent à faire vivre culturellement et économiquement le site, dans le respect de son passé.

   C’est cette continuité entre passé et présent, déjà précisée dans le sanctuaire et dans une grande partie des aménagements extérieurs du grand site Saint-Bernard, qu’il faut établir solidement afin que le public puisse vivre une expérience singulière.

L'interprétation de l'ensemble éclectique que forme la Maison natale

   L’étude des sources historiques m’a amenée à considérer la Maison natale telle qu’on peut la voir aujourd’hui comme un monument mémoriel honorant saint Bernard. Conçue à l’usage des pèlerins attirés par le lieu de naissance du saint, c’est une œuvre de grande intelligence où s’équilibrent conservation, modernisation et authenticité. Les précédents restaurateurs ont pratiqué à merveille l’art de la suggestion, car de la maison paternelle du saint au XIe siècle on ne sait rien.

   Les restaurations passées ont donc habilement combiné mémoire historique, préservation d’un patrimoine ancien, exploration des racines d’un grand saint du XIIe siècle et mise en valeur du tout par un lieu de culte. Ce travail a résulté de l’observation et de ce qui a été trouvé dans les sources et récits.

   Au XIXe siècle, l’abbé de Bretenières et Paul Selmersheim ont appliqué les principes de restauration actuels : laisser l’ancien apparent, compléter et harmoniser, l’architecte Selmersheim n’hésitant pas à changer ses plans quand une découverte archéologique était faite. C’est pourquoi nous voyons toujours parfaitement que les anciennes pierres saines ont été conservées et qu’elles se distinguent des parties les plus récentes. Il est rare d’être face à un monument d’une telle maîtrise, avec une partie religieuse marquée par les chapelles et la basilique, et une partie plus pédagogique pour rappeler le château médiéval, avec la tour d’entrée et la conservation des murailles, l’unité de l’édifice étant assurée par un emploi judicieux de la pierre. Dans ce site de hauteur, le monument et le parc arboré visent à souligner l’environnement dans lequel s’est forgée la sensibilité de saint Bernard. En parcourant le site, le visiteur peut avoir l’impression de mettre ses pas dans ceux de saint Bernard, et d’éprouver ainsi une véritable émotion.

   La Maison natale, qui comprend à la fois le monument et les extérieurs, est un ensemble à l’image des textes de saint Bernard : original, puissant, sensible et imagé. Le trouble même qu’il suscite donne envie d’en savoir plus !

Les raisons d'un engagement

   J’ai découvert la Maison natale en venant résider à Fontaine. Comme beaucoup d’observateurs contemporains, sans doute, j’ai été déroutée par l’aspect de cette maison dont il est évident que le bâtiment ne date pas du XIe siècle. La juxtaposition du style gothique, classique et néo-roman n’apparaît ni rationnelle ni fonctionnelle. Les tourelles ont l’air purement décoratives, les volumes, complexes. Le bâtiment semble jurer à côté de l’église rurale toute proche, laquelle desservait une paroisse de modestes vignerons. Enfin, l’aspect ostentatoire de l’édifice est en contradiction avec la sobriété architecturale prônée par saint Bernard.

   Il est nécessaire que le passé demeure sensible. L’objectif est donc de donner les clefs de compréhension de ce que l’on voit et verra, des bâtiments aux murs de délimitation, jusqu’à la végétation. C’est pourquoi des historiens apportent leur expertise scientifique, d’autant plus que le projet ne vise plus seulement, comme au XIXe siècle, un public de pèlerins.

   Leur rôle est d’accompagner le projet en essayant d’aider à comprendre et à expliquer le passé pour rendre ce dernier visible.

   Retrouvez encore plus de contenu à propos de la Maison natale sur le site des Amis du Vieux Fontaine : www.lesamisduvieuxfontaine.org